Mgr Gay, participant de l’exposition Liszt à Chateauroux !

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Le musée Bertrand de Châteauroux offre jusqu’au 31 décembre 2016 une exposition  « Liszt, de Paris à Budapest en passant par le Berry ». Parmi les souvenirs du pianistes et de son entourage, Mgr Gay y est représenté, notamment par un portait et des partitions des années 1830. L’amitié qui liait les deux musiciens, les deux chrétiens aux parcours pourtant si différents se trouve donc exceptionnellement honorée. Il faut souligner et remercier le travail de toute l’équipe des Lisztomanias qui a contribué à la richesse de l’exposition.

Pour participer à cette mémoire de leur relation, voici deux lettres de 1838 de Charles Gay à sa sœur Céline, qui, pianiste douée (élève de Chopin) avait certainement eu l’occasion de rencontrer le maître hongrois à Paris. On y découvre un Charles Gay, enthousiasmé par ses retrouvailles avec Liszt en Italie du Nord. Charles était alors en voyage avec son frère Victor.

Deux lettres à Céline Gay sur les retrouvailles amicales de Gay et de Liszt en Italie (1838).

Grâce leur soit rendue pour cette exposition et demandons l’intercession de ces deux amis pour obtenir une meilleure perception de leurs œuvres respectives, notamment dans le nœud qui les liait et, à n’en pas douter les lie encore dans les cieux : le Christ !

La réalité de l’enfance du Christ

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Nous avons tous, quand nous lisons l’Évangile ou en méditons les récits, l’habitude d’idéaliser plus ou moins l’Enfant Jésus. Qui oserait nous en blâmer, et quelle âme, pour peu qu’elle soit éprise du Christ, est capable de ne jamais glisser sur cette pente ? On se résigne difficilement à regarder ce Dieu naissant comme un enfant vulgaire. On lui fait de sa divinité je sais quelle auréole humaine. On se le représente tout lumineux, ou du moins rayonnant d’une beauté toute céleste. Il y a du vrai pour la beauté, et nous ne rétractons rien de ce que nous en avons dit. On n’est que juste en étant large avec l’amour ; on aurait mauvaise grâce à lui intenter des procès, et nul n’a le droit de l’inquiéter si, même de la crèche, il essaie de faire un Thabor. Malgré cela, il ne convient point que l’idéal ici nous voile trop le réel. Loin d’y gagner, l’amour y perdrait. Dans la religion d’ailleurs, c’est la vérité qui tient le sceptre.

Écartez donc le péché et ses suites impures. Jésus, tout vrai Dieu qu’il fût, était à Bethléem un véritable enfant. Comme le Sage l’a écrit en parlant de lui-même, « il avait été déposé sur la terre que nous foulons tous et ses lèvres avaient aspiré l’air commun » (Sg 7, 1-3). Que les mères se rappellent ce qu’étaient leurs enfants au jour de leur naissance ; tel fut le Verbe fait chair. Et cela, non au dehors seulement, mais au-dedans : car, encore que, par sa cime, son âme fut toute plongée dans les splendeurs de la vision béatifique, et qu’en tous ses sommets elle possédât d’une manière infuse et habituelle toute grâce, toute science et toute vertu, en même temps néanmoins, par cette partie d’elle-même qui animait son corps et regardait la vie de la terre, elle était une vraie âme d’enfant. Elle voulait, d’accord avec sa propre divinité, ne se manifester par aucune vie raisonnable apparente, mais uniquement par des fonctions et des instincts. Elle voulait devoir apprendre de la seule expérience toutes sortes de choses qu’elle ne connaissait point encore ainsi, et ne faire que peu à peu une innombrable série d’actes dont, par fidélité à Dieu, et pour rester vraie et sincère en son état d’enfant, elle se rendait elle-même incapable. L’Évangile nous l’apprend, quand il dit qu’avec le temps, « l’enfant croissait en âge, en sagesse et même en grâce », manifestant ainsi, selon le progrès naturel de son âme, ce qu’il était et possédait au fond depuis sa conception. Ne vous figurez donc rien de merveilleux ni d’extraordinaire en ce premier âge du Sauveur. Ce que l’on a raconté à ce sujet au cours des siècles est apocryphe ou imaginaire.

La réalité de l’enfance du Christ a donc aussi sa place dans les profondeurs de ce mystère [la Présentation au Temple]. La divinité et la virilité ne sont pas moins cachées dans le petit enfant de Bethléem, que son humanité et sa divinité ne le sont dans l’Eucharistie.

Mais, nous vous l’avons insinué, ce premier état de Jésus est l’exorde de son sacrifice. Si, comme l’écrit saint Jean, il a été par sa prédestination et dans les membres de son corps mystique, « immolé dès l’origine du monde », à meilleur titre l’est-il quand il y entre personnellement. Le premier mot qu’il y prononce est un mot de victime et qui le livre à Dieu sans réserve comme sans retour (cf. He 10, 5). Dit par lui quand il fut conçu, équivalemment répété au moment de sa naissance, ce mot exprime son état le plus intime et le plus radical, le raison de sa venue, la loi, le caractère et l’emploi de sa vie temporelle. À le bien prendre, l’état d’enfance n’est que l’une des formes de son état d’hostie et la première en date.

Extrait des Entretiens sur les mystères du Saint Rosaire, quatrième mystère : la Purification de la sainte Vierge.

De Noël au nouvel an avec une lettre d’exception

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Le 30 décembre 1850

 La vie n’est que dans le progrès ; nous sommes mourants quand nous languissons, nous mourons quand nous nous arrêtons d’aller à Dieu en qui est toute notre vie. Je pense que la fête de Noël aura été pour vous une source de grâces abondantes. Ces grâces d’enfance conviennent particulièrement à votre âme. Vous êtes grande et hautaine naturellement, l’indépendance vous plaît. Oh ! qu’il fait bon à une âme orgueilleuse d’aller se jeter aux pieds de ce Verbe abrégé et que bienheureuse elle serait de pouvoir s’apetisser assez pour pouvoir se coucher avec l’Enfant Jésus dans cette toute petite crèche. Je désire que vous fassiez là ces temps-ci votre séjour spirituel et que plusieurs fois par jour vous appliquiez votre esprit, votre cœur surtout, à ce nouveau-né qui est né pour vous.

Ne séparant jamais ce que Dieu a uni, donnez toujours, en même temps qu’un acte d’amour à Jésus, un acte d’amour à Marie et à Joseph. Pour cela ne sortez pas de vous-même : vous savez bien que Jésus y est, et Jésus n’est pas sans ses mystères. Vous le trouverez donc enfant, au fond de vous-même ; et quoique Marie et Joseph ne soient point en vous comme lui, cependant ils sont en lui par l’amour singulier qu’il leur porte et l’amour qu’eux aussi lui portent, de sorte que, d’une certaine manière, vous êtes aussi proche d’eux. Agissez souvent par l’esprit de l’Enfant Jésus qui est un esprit d’une suavité merveilleuse et d’une divine simplicité. Il vous portera à une extrême dépendance à l’égard non seulement de Dieu mais de toute créature pour l’amour de Dieu, comme Jésus était soumis non seulement à son Père, à Marie, à Joseph, au prêtre qui le vint circoncire, aux Mages qui sûrement le portèrent dans leurs bras pour l’embrasser, à Siméon, pour l’amour de son Père. Il vous fera petite en vous-même, et comme un vrai néant devant la majesté du Père dans l’oraison.

Priez beaucoup : l’Enfant Jésus ne faisait point autre chose dans cet état d’enfance : plus tard, il prêchait, il voyageait : mais dans ce premier mystère, il ne fait rien que prier. Et cependant, voyez les effets admirables de cette prière, car sans doute que c’est elle qui par la voix des Anges va inviter les bergers à venir, et plus tard par l’étoile va chercher les Gentils en la personne des Mages. Oh ! priez beaucoup ; et sans vous départir jamais de vos occupations régulières, donnez à la prière le plus de temps possible, et faites même ce que vous faites en esprit de prière. Jésus passait les nuits en oraison et le jour il prêchait le peuple : et certainement il prêchait en esprit d’oraison, car son âme, tout en envoyant à ses lèvres ces incomparables paroles qui nous vivifient encore à l’heure présente, ne cessait de contempler la face de Dieu son Père ; et c’est dans le secret de cette face, qu’il puisait ces torrents de clartés douces et pures qui ont illuminé le monde. Vous devez être (en tant que vous êtes l’organe de Jésus) une Epiphanie. Eh bien ! voyez l’ordre des mystères ; un mystère de petitesse, un mystère de prière, et un mystère de conversion, de vocation : de conversion telle que les Mages convertis deviennent apôtres et martyrs, comme le rapporte une vénérable tradition.

Priez donc, ou plutôt faites que Jésus prie librement en vous, et pour cela apaisez beaucoup devant la majesté de sa présence vos mouvements intérieurs, ne soyez pas vive ni soudaine. Recevez la prière que vous faites et l’action que vous agissez.

Puis vous devez puiser dans ce mystère une grâce de bonne Supérieure. Voyez cet Enfant en lui-même. C’est le plus petit de ceux qui sont ou viennent dans cette étable : soyez ainsi en esprit au milieu de vos Sœurs. Il était le plus petit par condescendance, sans doute que vous êtes la plus petite en réalité, car laquelle de vos sœurs êtes-vous sûre, qui ne serait pas déjà une sainte, si elle avait reçu les grâces dont Dieu vous a comblée et vous comble ? Cependant, quoique le plus petit, Jésus était le centre et la raison de tout ce qui se faisait ; il gouvernait et Marie, et Joseph, et les Anges, et les bergers, et les rois par une influence secrète qu’il puisait en sa propre divinité et répandait suavement dans les âmes.

Méditez bien tout ceci, le Saint Esprit vous l’apprendra mieux que je ne saurais le faire.

Allons, je vous quitte, en vous souhaitant pour cette nouvelle année, la seule chose souhaitable et je pense souhaitée par vous : l’amour de Jésus Christ, et l’amour de tous les hommes pour Jésus Christ. Commencez cette année comme si c’était la dernière et mettez fortement la main à l’œuvre uniquement nécessaire de votre sanctification.

Charles Gay pr.

Lettre inédite, à Mère Thérèse-Emmanuel (1816-1888), religieuse de l’Assomption.