Meilleurs voeux !

De côté

Chers amis de Mgr Gay,

Action de grâces soit rendue pour cette année 2016, année où la mémoire de Mgr Gay aura continué de se nourrir par les lectures, les échanges et les études des lecteurs, chercheurs et dévots de l’évêque d’Anthédon. Cette année, conclue par une splendide exposition honorant l’amitié entre Charles Gay et Franz Liszt laisse entrevoir de belles perspectives pour 2017. En matière de publication nous attendons celle des actes du colloque de l’Institut Catholique de Paris. Dans le domaine de l’aide à la vie intérieure, saluons la publication du Carême à l’école des saints. Consacré au thème de la joie, il présente plusieurs textes de Mgr Gay ; à juste titre, notre auteur ayant des pages splendides sur ce thème.

Afin de profiter de ce dernier jour du Temps de Noël, où avec les mages nous avançons vers l’Enfant et Bethléem, voici une splendide lettre adressée à Sabine de Ségur (Soeur Jeanne-Françoise à la Visitation). En condensé on y trouve le cœur de la théologie mystique de l’évêque : une pépite pour commencer l’année ! 

Le 22 décembre 1865,

En attendant la joie de vous voir, ma chère fille en Notre-Seigneur, ce qui sera, s’il lui plait, dans la seconde semaine de janvier, je vous écris ce mot de réponse à votre dernière lettre. Ah ! Que vous êtes bien dans la voie !  Comme il est bon et sûr de passer de soi-même en Jésus et de s’y oublier et de s’y perdre ! Suivez cet attrait jusqu’au bout. Il vous dépouillera de tout mal et vous revêtira de tout bien, c »est à dire de Jésus. Il faut que ce fond, dont vous me dites que Jésus y règne tout à fait, aille s’étendant chaque jour. Comme après avoir possédé notre nature dans son incarnation bénie, il veut encore posséder nos personnes par la justification de nos âmes et le saint baptême ; et même, après avoir possédé nos personnes, il veut posséder toute notre vie, tous ses instants et ses actes. C’est de cette sainte propagation du Christ en nous que nous disons chaque jour : Père, que votre règne arrive ! Votre volonté le veut et vraiment ne veut point autre chose. La grâce, l’amour, le temps et la patience achèveront ce grand ouvrage, qui est celui pour lequel Dieu vous a créée, rachetée, appelée, à la vie religieuse. Vivez ce désir. Votre vie doit être un Viens perpétuel, mais un Viens qui fleurisse, pour ainsi parler, de la certitude habituelle qu’il est déjà venu. « Il » c’est Jésus, car il n’y a que lui après qui l’on soupire. Plus vous vous simplifierez, plus vous le glorifierez. Livrez tout, à tout heure. Ainsi faisait Marie, imitant, du reste cette tradition incessante et totale que la sainte Humanité faisait d’elle à son Père céleste. Que ce Noël vous soit plein de grâces ! Je le demanderai à Dieu pour vous ; et vous aussi, demandez-le-lui pour moi, pour mon âme et pour mes petites œuvres.

Adieu mon enfant ; que vos pauvres yeux extérieurs aillent où Jésus voudra ; c’est lui qui est votre œil, et celui-là ne se ferme pas. Je vous bénis en sa charité.

Votre dévoué Père,

Charles, pr.

Extrait de la Correspondance de Mgr Gay. Lettres de direction spirituelle. Troisième série, Mame, 1921, à Sabine de Ségur, Lettre XLVI.

Mgr Gay, participant de l’exposition Liszt à Chateauroux !

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Le musée Bertrand de Châteauroux offre jusqu’au 31 décembre 2016 une exposition  « Liszt, de Paris à Budapest en passant par le Berry ». Parmi les souvenirs du pianistes et de son entourage, l’amitié avec Charles Gay est mise en valeur : sont exposés un portait de Charles Gay, une lettre à Liszt datée du 12 mai 1838, certaines de ses partitions de jeunesse et un billet de Liszt à son vieil ami, daté du 31 mars 1886. L’amitié qui liait les deux musiciens, les deux chrétiens aux parcours pourtant si différents se trouve donc exceptionnellement honorée. Il faut souligner et remercier le travail de toute l’équipe des Lisztomanias qui a contribué à la richesse de l’exposition.

Pour participer à cette mémoire de leur relation, voici deux lettres de 1838 de Charles Gay à sa sœur Céline, qui, pianiste douée (élève de Chopin) avait certainement eu l’occasion de rencontrer le maître hongrois à Paris. On y découvre un Charles Gay, enthousiasmé par ses retrouvailles avec Liszt en Italie du Nord. Charles était alors en voyage avec son frère Victor.

Deux lettres à Céline Gay sur les retrouvailles amicales de Gay et de Liszt en Italie (1838).

Grâce soit rendue pour cette exposition et demandons par l’intercession de ces deux amis, une meilleure perception de leurs œuvres respectives, notamment dans le nœud qui les liait et, à n’en pas douter les lie encore dans les cieux : le Christ !

La réalité de l’enfance du Christ

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Nous avons tous, quand nous lisons l’Évangile ou en méditons les récits, l’habitude d’idéaliser plus ou moins l’Enfant Jésus. Qui oserait nous en blâmer, et quelle âme, pour peu qu’elle soit éprise du Christ, est capable de ne jamais glisser sur cette pente ? On se résigne difficilement à regarder ce Dieu naissant comme un enfant vulgaire. On lui fait de sa divinité je sais quelle auréole humaine. On se le représente tout lumineux, ou du moins rayonnant d’une beauté toute céleste. Il y a du vrai pour la beauté, et nous ne rétractons rien de ce que nous en avons dit. On n’est que juste en étant large avec l’amour ; on aurait mauvaise grâce à lui intenter des procès, et nul n’a le droit de l’inquiéter si, même de la crèche, il essaie de faire un Thabor. Malgré cela, il ne convient point que l’idéal ici nous voile trop le réel. Loin d’y gagner, l’amour y perdrait. Dans la religion d’ailleurs, c’est la vérité qui tient le sceptre.

Écartez donc le péché et ses suites impures. Jésus, tout vrai Dieu qu’il fût, était à Bethléem un véritable enfant. Comme le Sage l’a écrit en parlant de lui-même, « il avait été déposé sur la terre que nous foulons tous et ses lèvres avaient aspiré l’air commun » (Sg 7, 1-3). Que les mères se rappellent ce qu’étaient leurs enfants au jour de leur naissance ; tel fut le Verbe fait chair. Et cela, non au dehors seulement, mais au-dedans : car, encore que, par sa cime, son âme fut toute plongée dans les splendeurs de la vision béatifique, et qu’en tous ses sommets elle possédât d’une manière infuse et habituelle toute grâce, toute science et toute vertu, en même temps néanmoins, par cette partie d’elle-même qui animait son corps et regardait la vie de la terre, elle était une vraie âme d’enfant. Elle voulait, d’accord avec sa propre divinité, ne se manifester par aucune vie raisonnable apparente, mais uniquement par des fonctions et des instincts. Elle voulait devoir apprendre de la seule expérience toutes sortes de choses qu’elle ne connaissait point encore ainsi, et ne faire que peu à peu une innombrable série d’actes dont, par fidélité à Dieu, et pour rester vraie et sincère en son état d’enfant, elle se rendait elle-même incapable. L’Évangile nous l’apprend, quand il dit qu’avec le temps, « l’enfant croissait en âge, en sagesse et même en grâce », manifestant ainsi, selon le progrès naturel de son âme, ce qu’il était et possédait au fond depuis sa conception. Ne vous figurez donc rien de merveilleux ni d’extraordinaire en ce premier âge du Sauveur. Ce que l’on a raconté à ce sujet au cours des siècles est apocryphe ou imaginaire.

La réalité de l’enfance du Christ a donc aussi sa place dans les profondeurs de ce mystère [la Présentation au Temple]. La divinité et la virilité ne sont pas moins cachées dans le petit enfant de Bethléem, que son humanité et sa divinité ne le sont dans l’Eucharistie.

Mais, nous vous l’avons insinué, ce premier état de Jésus est l’exorde de son sacrifice. Si, comme l’écrit saint Jean, il a été par sa prédestination et dans les membres de son corps mystique, « immolé dès l’origine du monde », à meilleur titre l’est-il quand il y entre personnellement. Le premier mot qu’il y prononce est un mot de victime et qui le livre à Dieu sans réserve comme sans retour (cf. He 10, 5). Dit par lui quand il fut conçu, équivalemment répété au moment de sa naissance, ce mot exprime son état le plus intime et le plus radical, le raison de sa venue, la loi, le caractère et l’emploi de sa vie temporelle. À le bien prendre, l’état d’enfance n’est que l’une des formes de son état d’hostie et la première en date.

Extrait des Entretiens sur les mystères du Saint Rosaire, quatrième mystère : la Purification de la sainte Vierge.