Alléluia !

Rome, saint jour de Pâques, 1868

Me voici un moment de loisir avant l’heure d’aller recevoir la bénédiction du Pape à Saint-Pierre : j’en profite pour vous écrire, ma chère fille. Et, avant tout, dans l’esprit de cette fête, qui est l’effusion toute radieuse de Jésus, ressuscité après avoir été immolé, je veux dire avec vous d’un seul cœur : Alléluia !  Cette louange de Dieu est le cri qui sort de toutes les œuvres de Jésus, en ce monde et en l’autre : il n’a vécu ici-bas, il n’a souffert, il n’est mort, il n’est ressuscité que pour pousser ce cri qui est son cantique. Il est la parole éternelle, la parole substantielle, la parole infinie ; et cependant, quand il a dit, avec ses larmes, avec son sang surtout, ce chant suprême et saint : Alléluia !  il a tout dit. Il peut bien en varier l’accent, et il le varie en effet, jusqu’à l’innombrable : ses actes humains, extérieurs et intérieurs, dont le récit remplirait le monde ; ses Saints aussi, qui sont ses œuvres, ne sont point définitivement autre chose que les variations de ce cantique unique. Mais ce cantique dit tout ; et, quand Jésus l’a dit au Père, quand il le lui dit surtout comme il l’entend le dire et le dira dans l’éternité, avec toute son Eglise prédestinée et consommée, il n’a plus rien autre à dire : c’est assez qu’il le répète toujours. Chantons-le donc avec lui puisque notre grâce de chrétiens, qui est notre grâce d’enfants du Père, de frères du Christ et de membre de la sainte Eglise, nous en donne le droit et nous en impose le devoir : droit plus précieux que tout, devoir infiniment doux.

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Lettre 31 de la seconde correspondance du second tome de correspondance de direction spirituelle.

NB : les lecteurs assidus de Mgr Gay auront reconnus dans cette lettre de 1868, une anticipation de la magnifique quatre-vingt-dix-neuvième élévation publiée dix ans plus tard. Elle est reprise en intégralité dans Pages spirituelles. Vous pouvez aussi la trouver en ligne par ce lien.