Relations musicales

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La biographie de Dom du Bosirouvray permet de repérer combien l’artiste qu’était Charles Gay était un homme d’amitiés. Il sera pour ses amis artistes un repère au cours de leurs quêtes spirituelles souvent tourmentée.

Charles Gounod

Leur rencontre date du collège St Louis. En 1835 alors que Charles Gay est élève au Conservatoire, leur amitié devient intime. En 1852 l’abbé Gay célèbre le mariage de son ami et deviendra parrain du fils ainé du compositeur. Tout au long de sa vie, Charles Gay sera le confident spirituel d’un Charles Gounod aux états religieux tourmentés. Leurs retrouvailles l’été sont régulières dans la demeure de la famille Gay en Limousin (Ambazac).

Une communication sur leur relation a été formidablement réalisée au colloque de novembre 2015 à l’université catholique de Paris. Les actes sont en cours de publication.

Frantz Liszt

Leur amitié date également d’environ 1835. Ils se retrouveront ensuite à plusieurs reprises en Italie. C’est le cas en 1838 à Milan. Alors que Charles est en voyage ne Italie avec son frère Victor, ils retrouvent le pianiste dans un climat de joie. Ainsi Charles écrit-il à sa sœur le 8 septembre : « ayant trouvé la demeure de Liszt, je courus chez lui avec Victor. Je ne puis te dire la joie qu’il a témoigné de me voir, joie bien partagée, je t’assure, car je l’aime vraiment beaucoup. Nous avons passé toute la soirée avec lui à faire de la musique ; nous étions ravis. Liszt a fait encore des progrès ; il chante comme une voix. Je ne saurais te dire l’impression qu’il nous a faite. Son jeu est inouï : nous avons vu une vingtaine de morceaux remarquables, plusieurs de Schuman, dont je te ferai connaître les œuvres. Cela m’a semblé bien bon de retrouver ma chère musique, de la retrouver si vivante et si belle !  Après nous avons été prendre des glaces et nous sommes restés causer jusqu’à une heure du matin. […] Liszt est pour moi d’une bonté de frère. » Le 15 il conclure cette entrevue: « ma dernière semaine a été très heureuse […] j’ai passé avec Liszt presque tout mon temps; nous avons même pris nos repas ensemble ». La lettre, que nous ne pouvons rapporter intégralement ici mais que vous trouverez par ce lien ( ) indique combien cette amitié n’était pas seulement musicale, mais aussi intellectuelle. Deux esprits qui se sont liés. Et le futur ecclésiastique de conclure sur cette entrevue : « Cette vie intime de quelques jours, en nous faisant connaître davantage l’un à l’autre, a fini de nous lier ; et maintenant, c’est une amitié placée au-dessus des chances humaines ».

Il se recroiseront plus brièvement en octobre 1839 à Florence.

Il se verrons également à Rome en 1862 et en 1868 alors que l’abbé Gay prépare le Concile. Ils se rencontrent pour la dernière fois probablement fin mars 1886 à Paris.

Princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein

Le biographe de Mgr Gay indique qu’il voit Franz Liszt en 1868 à Rome, chez la princesse Carolyne. L’ami de Liszt a sans doute eu l’occasion de nouer une relation personnelle avec la princesse. Il écrit à sa sœur Céline le 8 avril : « je vois de temps en temps la princesse W., elle est forte intéressante et érudite pour une femme ». Le 26 janvier 1875, l’évêque d’ Anthédon transmet au recteur du séminaire français de Rome quelques lettres accompagnant des exemplaires de son premier ouvrage : « Vous trouverez ci-inclus les lettres que d’adresse d’abord à notre Saint Père puis aux Cardinaux |…] et à la princesse Wittgenstein. » Puis au sujet des exemplaires : « il y en a un pour vous et un pour Liszt : celui-ci vous aurez la bonté de le remettre à la Princesse Wittgenstein que je prie de lui faire parvenir […] » (source : archives du Séminaire Pontifical Français). Quelle aura été la nature exacte de leur relation, simple amitié ou direction spirituelle? Une recherche historique serait intéressante !

Auguste Franchomme

Le violoncelliste et compositeur fut souvent reçu l’été avec ses enfants en la demeure de la famille Gay à Ambazac. La mort prématurée de son fils René en 1860 a marqué tant l’abbé Gay que sa sœur Céline Pouquet.

Hermann Cohen

Leur relation date de la même époque alors que le jeune virtuose grandit à l’ombre de Liszt. Converti puis intégrant l’ordre religieux du Carmel, le musicien reste certainement en relation avec Charles Gay par la suite.