Relations religieuses

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Afin de permettre au lecteur de situer Charles Gay dans l’Eglise du XIXème siècle, voici quelques indications sur les relations qu’il a entretenu avec certaines personnalités ecclésiastiques..

Henri Lacordaire (o.p)

Charles Gay assiste aux conférence de carême de 1835 prêchées à Notre-Dame par l’abbé Lacordaire. Le jeune bourgeois libéral en sera marqué. Cette prédication a indéniablement créé un contexte favorable à sa conversion. La relation entre les deux hommes devient personnelles alors que Charles Gay rejoint en 1838 la Conférence de Charité fondée par Fréderic Ozanam. L’estime devient alors peu à peu réciproque, leurs échanges nourris. Conscients des hautes qualités spirituelles de celui qui était de treize ans plus jeune que lui, Lacordaire lui demande en 1848 d’assurer la direction du tiers-ordre dominicain à Paris. Il le choisi également pour confesseur. Cependant, à partir de 1857 et du choix de Charles Gay de rejoindre le diocèse de Poitiers, leur relation, tout en restant cordiale se distend.

Vénérable François Libermann (second fondateur de la congrégation du Saint Esprit)

Sans que l’on possède à ce jour de correspondance entre les deux hommes, Charles Gay à pu jouir de l’exemple et des enseignements du saint converti. Ainsi en 1849 il participe à la conférence dirigée par celui qui était de treize ans son aîné. Voici ce qu’il écrit au mois de janvier :

« Une autre réunion ecclésiastique dont je fais partie, vient de se former au séminaire du Saint-Esprit , sous la direction d’un très saint prêtre, nommé Libermann… Nous sommes dix à ses réunions, tous nous connaissant, et forts amis, pour la plupart, depuis très longtemps… Tous les mardis soirs nous nous réunissons et nous traitons d’abord avec beaucoup de simplicité un point de piété ecclésiastique, pour nous sanctifier nous-même, puis un point de ministère pour sanctifier les autres » (Lettre inédite à la vénérable Mère Marie de Jésus du Bourg).

Sainte Marie-Eugénie Milleret (fondatrice des Religieuses de l’Assomption)

De la même génération, Marie-Eugénie Milleret et Charles Gay sont aussi issus d’une même classe bourgeoise distante vis-à-vis de la pratique religieuse. Tous deux ils assistent aux Conférences de carême du père Lacordaire en 1835 et se « convertissent » à cette époque. Peu avant son ordination Charles Gay a pu se rendre au convent d’Auteuil et rencontrer la fondatrice. Voici le témoignage de Mère Marie-Eugénie : « son air recueilli et sa modestie était celle d’un religieux. Il avait déjà l’air d’un saint ; on le regardait comme un homme d’oraison, recevant de Dieu des grâces extraordinaires ». Autour de 1847 alors que les religieuses de l’Assomption recherchait un directeur spirituel le père Lacordaire recommanda l’abbé Gay. Le lien sera dès lors ininterrompu, tant avec la fondatrice qu’avec la congrégation. Charles Gay prêchera des retraites, installera un couvent de l’Assomption à Poitiers en 1866 et et sera directeur spirituel de plusieurs religieuses parmi lesquelles mère Thérèse-Emmanuel, maîtresse des novices de la congrégation et intime de la sainte.

Emmanuel d’Alzon (fondateur des Augustins de l’Assomptions) 

Avant le rejoindre Poitiers, l’abbé Gay a un temps pensé à embrasser l’état religieux. Les religieux de l’Assomption étaient une hypothèse sérieuse et l’abbé Gay à pu s’en ouvrir au père d’Alzon qu’il appréciait. Les liens de cordiale amitié entre les deux hommes ne cessèrent pas.

Dom Prosper Guéranger (abbé de St Pierre de Solesmes)

Dom Guéranger a eu à plusieurs reprises l’occasion de s’entretenir avec l’abbé Charles Gay. Dès 1857, on voit ce dernier accompagner Mgr Pie pour une visite à Solesmes. Les voyages entre Poitiers et Solesmes étaient dans les deux sens, l’abbé bénédictin a eu l’occasion d’aller dîner chez Charles Gay, à l’occasion de visites de la fondation bénédictine de Ligugé et de s’entretenir avec lui à plusieurs reprises dans les années 1860. On note également une rencontre en 1868 dans le midi de la France, Charles Gay était alors en route pour les Congrégations préparatoires du Concile du Vatican.

Dom Thierry Barbeau a réalisé une belle étude des relations entre Mgr Gay et Dom Guéranger ainsi qu’avec le monde bénédictin jusqu’au début du XXeme siècle (en particulier sa réception par Dom Delatte et Dom Columba Marmion). Cette étude est publiée dans Mgr Charles-Luis Gay (1815-1892. Un artiste au service du Christ).

Gaston et Sabine de Ségur

Amis proches, Gaston de Ségur et Charles Gay ont vécu quelques temps ensemble rue Cassette entre 1849 et 1852 à Paris. S’était formée là une sorte de fraternité sacerdotale avec d’autres prêtres de leur génération. Charles Gay était proche d’un autre enfant de la Comtesse de Ségur : Sabine, religieuse de la Visitation de la rue de Vaugirard à Paris (en religion sœur Jeanne-Françoise). Un partie de leur correspondance a été publiée dans le troisième Tome des lettres de direction spirituelles de Charles Gay. Nous devons une touchante biographie de Sabine à son frère Anatole.

Vénérable mère Marie de Jésus du Bourg

Louis-Edouard Pie (Cardinal, évêque de Poitiers)

L’évêque de Poitiers sollicita Charles Gay pour venir exercer ses talents de prédicateurs dans son diocèse, dès 1851. L’estime fût alors réciproque. L’évêque multiplia les sollicitations puis en vint à lui proposer de rejoindre son presbyterium. Charles Gay fût d’abord rétif, refusa plusieurs fonctions proposées, avant d’accepter en 1856 au terme d’un été de discernement qui le verra notamment aller consulter le curé d’Ars. Accueilli avec le titre de vicaire général honoraire, Charles Gay fût collaborateur intime de son évêque, notamment pendant le Concile Vatican I. Cette unité sera scellée par le sacre épiscopal de Charles Gay par Mgr Pie en la cathédrale de Poitiers le 25 novembre 1877.

Bx Pie IX (pape)

Leur première rencontre date de 1861  : « Je veux vous dire que j’ai eu le bonheur de voir Pie IX il y a huit jours. Comme je suis officiellement envoyé par l’évêque de Poitiers, on a bien voulu me recevoir en particulier, et pendant près d’une demi-heure j’ai été seul avec le vicaire de Dieu sur la terre… Vous devinez aisément la joie que cette audience m’a donnée : j’en avais l’âme toute pleine » (Lettre publiée aux carmélites du Dorat du 8 juin 1861). Charles Gay gardera toute sa vie une intense vénération pour ce Saint père, demandant souvent à ses dirigées de prier pour lui et répondant promptement aux sollicitations romaines, lesquelles lui venaient souvent par l’intermédiaire de Mgr Pie, proche lui-même du pape. Cette attache est à resituer dans l’intense perception qu’à Charles Gay du mystère de l’Eglise.

Dom Jean-Baptiste Chautard (abbé de Sept-Fons)

Dom Chautard fat partie de la première génération de religieux dont les ouvrages de Mgr Gay ont été une référence du temps de formation. Entré à Aiguebelle en 1877, il aura très probablement été en contact avec De la Vie et des Vertus chrétiennes ou les Elévations. Son biographe rapporte que le futur fondateur moine n’en n’est pas resté là, mais à sollicité une entrevue au vieux maître à Paris, probablement entre 1886 et 1889 : « à l’occasion d’un voyage à Paris, il soumit ses difficultés à un maître éminent, Mgr Gay, dont il avait apprécié les ouvrages de spiritualité. Il se plaignit de n’avoir plus le temps de faire sa demi-heure d’oraison. Le prélat lui répondit :  » Vous n’avez pas le temps de faire eune demi-heure d’oraison? Eh bien ! faites-en deux heures ! » Il expliqua que, plus le travail est absorbant, plus la vie d’oraison doit être intense. IL précisa que ces deux heures ne devraient pas être un exercice didactique continu mais une remise calme en présence de Dieu à divers moments de la journée. L’important est que la prière ne vienne pas alourdir la vie mais l’alléger » (Itinéraire spirituel de Dom Chautard, par Bernard Martelet, chapitre sixième). En dépit du caractère lacunaire de ces informations, on peu deviner que la doctrine de Mgr Gay a participé à la formation de l’âme et de l’enseignement de celui qui allait devenir abbé de Sept-Fons, fondateur d’abbayes et surtout, auteur de L’âme de tout apostolat, classique indémodé de la spiritualité du XXème siècle.