L’année saint Joseph avec Mgr Gay

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Le Pape François a fait de l’année 2021, l’année « saint Joseph », c’est à dire une année où découvrir le mystère dont est porteur l’époux de Marie, de laquelle Jésus a été engendré. Pour entrer dans ce mystère, voici un texte de Mgr Gay. L’évêque d’Anthédon a particulièrement médité sur la figure de saint Joseph. Le Carmel du Dorat qu’il a fondé en 1856 a été dédié au mystère de Nazareth : l’abbé Gay cherchait à introduire les religieuses à l’intimité familiale avec Jésus, et partant, avec Marie et Joseph. Dans les Élévations sur la vie et la doctrine de Notre Seigneur Jésus-Christ (1879), comme dans son Introduction aux mystère du Rosaire (1887), la figure discrète du charpentier, gardien des mystères de Jésus et de Marie, fait l’objet des méditations de Mgr Gay. Voici un de ces magnifiques textes :

C’est une question de savoir lequel est le plus éloquent du jour ou de la nuit. Le jour est magnifique, mais la nuit est si solennelle ! Le jour éclaire pour nous la terre, la nuit nous découvre les cieux. Ces pensées nous viennent à propos de saint Joseph.

On est frappé des ombres épaisses qui enveloppent cet incomparable saint… On connaît avec précision les actes et l’histoire d’une quantité d’hommes célèbres à divers titres. De saint Joseph, on ne dit presque rien. Quelques lignes de l’Évangile, où pas un mot de lui n’est rapporté, c’est tout. On le voit, cet homme est dans la nuit. Sa vie est pour le monde une nuit obscure, véritable, mais comme l’est la nuit, profonde, majestueuse et religieusement émouvante. À tel point qu’on finit par trouver cette existence si dérobée, plus belle, plus grande, plus attachante, sans comparaison, que celles qui sont complètement éclairées.


La profondeur qui cache une teinte si peu dessinée croît à mesure qu’on la sonde, et l’âme finit par se sentir en présence d’un abîme. Elle est alors comme insensiblement soulevée au-dessus du monde ordinaire de ses pensées. Elle respire un air plus pur, plus embaumé. On dirait qu’une brise lui arrive de la patrie éternelle. Pacifiée en elle-même, elle ressent comme une sorte de voisinage de Dieu. Cette impression, lorsqu’on aborde intérieurement saint Joseph, est celle dont on a coutume d’être saisi à l’entrée d’un sanctuaire. Un sanctuaire, c’est la paix, c’est le silence, c’est une certaine obscurité qui fait rentrer l’esprit en lui-même. C’est un lieu grave, profond et doux qui commande et inspire le respect, qui incline à l’humilité, fait oublier le monde et donne un avant-goût du ciel. Au fait, un sanctuaire, quel qu’il soit, est un lieu où Dieu réside. Je doute qu’on puisse penser à saint Joseph sans quelqu’un de ces sentiments. Saint Joseph est, par état, le séjour et l’enveloppe du plus grand des mystères : de Dieu fait homme dans le sein d’une Vierge : de Jésus et de Marie.


Les saintes règles de la liturgie prescrivent que l’Eucharistie conservée dans nos tabernacles réside dans un ciboire d’or et d’argent et que le ciboire lui-même soit recouvert d’un voile d’or, d’argent ou de soie. Dans le mystère du Verbe incarné, l’hostie consacrée c’est Jésus, le ciboire c’est Marie, le voile c’est saint Joseph. Comme le ciboire n’est que pour l’hostie, de même le voile n’est que pour l’hostie et le ciboire. De même que Marie n’existe, ne vit que pour Jésus, Joseph n’existe et ne vit que pour Jésus et Marie.