Mgr Gay, participant de l’exposition Liszt à Chateauroux !

Citer

Le musée Bertrand de Châteauroux offre jusqu’au 31 décembre 2016 une exposition  « Liszt, de Paris à Budapest en passant par le Berry ». Parmi les souvenirs du pianistes et de son entourage, l’amitié avec Charles Gay est mise en valeur : sont exposés un portait de Charles Gay, une lettre à Liszt datée du 12 mai 1838, certaines de ses partitions de jeunesse et un billet de Liszt à son vieil ami, daté du 31 mars 1886. L’amitié qui liait les deux musiciens, les deux chrétiens aux parcours pourtant si différents se trouve donc exceptionnellement honorée. Il faut souligner et remercier le travail de toute l’équipe des Lisztomanias qui a contribué à la richesse de l’exposition.

Pour participer à cette mémoire de leur relation, voici deux lettres de 1838 de Charles Gay à sa sœur Céline, qui, pianiste douée (élève de Chopin) avait certainement eu l’occasion de rencontrer le maître hongrois à Paris. On y découvre un Charles Gay, enthousiasmé par ses retrouvailles avec Liszt en Italie du Nord. Charles était alors en voyage avec son frère Victor.

Deux lettres à Céline Gay sur les retrouvailles amicales de Gay et de Liszt en Italie (1838).

Grâce soit rendue pour cette exposition et demandons par l’intercession de ces deux amis, une meilleure perception de leurs œuvres respectives, notamment dans le nœud qui les liait et, à n’en pas douter les lie encore dans les cieux : le Christ !

Un dimanche dans « la joie »

Citer

En ce dimanche, plaçons-nous avec Mgr Gay dans l’état intime et éternel du Christ et de Dieu : la joie.

La joie est la première en date dans la vie de Jésus, la première occupante de son âme et le fond même de son état de Dieu incarné. Elle est le support de tout le reste de ses états humains, et elle en est aussi la conclusion. La douleur même qui, dans le mystère du Christ, a une part si considérable qu’elle paraît infinie à tout œil qui n’est pas celui de Dieu, la douleur y est mise au service de la joie. La douleur n’est d’ailleurs et ne peut jamais être qu’un fait secondaire et relatif, elle n’est pas de soi un fait divin.

Pour peu qu’on réfléchisse, on comprend pourquoi la joie est, naturellement et nécessairement, dans l’âme à jamais bénie de Jésus, quelque chose de primordial, de fondamental et d’immuable : la joie est le repos et l’épanouissement de l’être dans la vérité, l’amour et l’harmonie. Tel est l’état de Dieu, son état essentiel. Tel est aussi l’état originel et radical de toutes ses créatures. Or, en aucune créature, Dieu n’a plus librement et divinement agi que dans l’âme à laquelle il a uni son Verbe ; aucune n’a été, dès son origine, plus vraie, plus juste, plus pure, plus simple, plus parfaite et sainte en toute manière et de tout point, que cette âme sacrée du Sauveur.

Extrait de l’élévation IX, rééditée dans Pages spirituelles.

Poursuivons notre méditation avec cet extrait du chapitre de De la Vie et des Vertus Chrétiennes consacré à l’abandon. Mgr Gay y décrit la joie comme l’un de ses fruits :

L’abandon cause la joie… La joie, nous la voulons tous, et tout en nous la veut sans cesse. L’âme divinement éclairée et sainte va souvent d’elle-même au-devant de la croix. Ne vous y trompez pas c’est encore la joie qu’elle y cherche ; cette joie haute, pure, incomparable, qu’on ressent à prouver son amour en s’immolant pour celui qu’on aime. Eh bien ! voulez-vous un secret pour être constamment joyeuses? je dis un secret ; il est trop clair que c’en est un, car dans cette multitude sans nombre qui cherche incessamment la joie, regardez combien la trouvent. Et ne pensez pas que vous, épouses du Christ, vous, disciples du Crucifié, et crucifiées par vœu au monde et à la chair, vous fassiez fausse route en recherchant la joie. Ce serait trop peu dire que cette recherche vous est permise ; je dirai qu’elle est obligatoire. Elle est la conséquence rigoureuse de votre foi, des paroles que Dieu vous adresse, des promesses qu’il vous fait, des espérances qu’il vous ordonne d’avoir, de l’amour étrange qu’il vous porte , des grâces sans mesure et sans prix par lesquelles il l’a témoigné , enfin de la merveilleuse destinée qu’il vous prépare. Chercher la joie, c’est avoir compris son baptême, c’est l’honorer et le cultiver. Chercher la joie, c’est chercher le ciel qui est la joie de la vérité, la vérité de la joie, la source et l’océan de ces joies véritables dont l’âme sainte est la mère et dont le père est l’Époux divin. Chercher la joie, c’est donc chercher Dieu ; et être joyeux, c’est lui rendre justice ; c’est publier que son joug est doux, et qu’il n’y a pas de bonheur pareil à celui de ses serviteurs. C’est prêcher son saint Évangile : car pensez-vous que si l’on voyait tous les chrétiens joyeux, ce ne fût pas une bonne preuve de la divinité du christianisme, et un attrait pour y gagner tant de malheureux qui ne s’en éloignent que parce qu’ils s’en défient et qui souvent ne s’en défient que parce que la forme extérieure des chrétiens leur fait peur ? C’est aussi la meilleure, on peut dire l’unique voie pour avancer votre sainteté , et assurer ce qui vous importe le plus au monde, votre persévérance dans l’amour de Dieu. comptez les maux qui viennent de la tristesse, les resserrements qu’elle produit à l’égard de Dieu et du prochain, les doutes dont elle tourmente l’esprit, les fantômes dangereux dont elle obsède ‘imagination, la langueur où elle jette l’âme, le découragement qu’elle lui persuade, l’inertie où elle la retient, la stérilité dont elle la trappe, comptez les scandales qu’elle cause journellement, en repoussant les âmes d’une piété dont on peut croire qu’elle est l’effet naturelle et la physionomie normale ; comptez enfin ceux qu’elle a fini par perdre misérablement après avoir été leur supplice en ce monde ; et alors vous saurez quelque chose des biens merveilleux cachés dans la joie spirituelle. vous pouvez donc, vous devez donc chercher la joie, vous tenir dans la joie et y vivre…

Il n’est pas absolument rare que cette joie soit sensible. D’autres fois, et le plus souvent, elle demeure exclusivement spirituelle. Pour l’atteindre, il faut que l’âme se retire de tous ses sens, et gagne, pour ainsi parler, la cime de ses puissances. Mais de même que si les eaux débordées inondent les vallées et forcent les habitants à gravir les montagnes, ces réfugiés y trouvent un air plus pur et une lumière plus sereine ; de même aussi, en émigrant dans ses propres hauteurs, l’âme goûte une joie d’autant plus réelle et plus vive qu’elle est plus céleste. A vrai dire, c’est là plus que partout ailleurs qu’elle comprend ce que l’Écriture nomme la manne cachée, et ce qu’il y a de délices surhumaines signifiées par ces mots de saint Paul : « Qui adhère à Dieu est avec lui un seul et même esprit » (1 Co 6, 17).