« Communion spirituelle »

En ces temps si particuliers, ou beaucoup de chrétiens sont loins de la table sainte, le dimanche en particulier, voici deux passages de Charles Gay qui pourront nous éclairer. Le premier rappelle que la communion eucharistique est efficace spirituellement. Le sacrement, localisé, reçu physiquement, est au service de cette union spirituelle avec Jésus qu’il réalise efficacement si notre coeur est ouvert. Dans la 124ème élévation , Gay écrit :

Oh ! Pour sainte et précieuse que soit la présence sacramentelle de Jésus-Christ dans nos sanctuaires, qu’elle perd pour nous de sa valeur, quand l’âme qui traite avec lui manque d’onction ! Eût-on les lèvres collées au tabernacle, ce ne serait là encore qu’une juxtaposition extérieure qui pourrait laisser le cœur, le cœur sensible du moins, à une distance comme infinie du Dieu Eucharistique. C’est donc bien «  au-dedans » qu’est « le royaume de Dieu », et pas ailleurs.

La communion entre Jésus et l’âme se réalise donc dans le « dedans ». C’est la doctrine de l’Eglise que lorsque les cironstances empêchent le « dehors » de correspondre au « dedans », la communion corporelle de correspondre à la communion spirituelle, la grâce du sacrement de l’eucharistie peut être reçue par la « communion spirituelle ».

Voici un poème de Charles Gay intitulé justement « communion spirituelle ». Il est écrit au soir de la vie de Charles Gay, à peine plus de trois mois avant son dernier soupir. Il n’évoque pas le saint sacrement, mais nous aidera, au fil des vers, à nous unir à Jésus et c’est là tout le désir que Notre Seigneur a eu en instituant l’eucharistie.

 

T’obéir et te plaire est la loi de ma vie ;

Hors de ta volonté rien ne me fait envie.

Ton amour me subjugue et me jette hors de moi ;

Conquis, adrent, livré, tout mon être est à toi !

Je voudrais qu’ici-bas aucune créature

Plus que moi, mon Jésus, ne fût à ta merci,

Et que jusqu’à la fin toute ma nourriture

Fut de dire : « oui mon Dieu, puisqu’il vous plait ainsi ».

 

C’est le mot de mon cœur mais tu sais ma faiblesse

Et ce que je deviens à l’heure où la détresse

M’urgeant de toute part, me noyant à moitié,

Me force à crier de me prendre en pitié.

D’impuissance et d’espoir, étonnant assemblage,

Moi l’affamé de Dieu je ne suis vraiment rien ;

Même en regard du port, je puis faire naufrage

Et tout perdre au moment où je touche au bien.

 

Cependant, ô mon Dieu ! C’est une âme sincère

Qui fait monter vers toi l’encens de sa prière,

Qui te dit son amour en toute liberté

Et sous le sceau d’un vœu met sa fidélité !

Par ta grâce, fais-moi tout ce que je dois être

L’un dans l’autre par là nous aurons notre paix ;

Tu me possèderas pour toujours, mon doux maître,

Dans ton sein je serai consommé pour jamais !

 

Traforêt (Commune d’Ambazac), 19 septembre 1891

Source : archives diocésaines de Poitiers