L’amour de l’enfance de Dieu, la voie la plus rapide et la plus sûre…

Ma chère fille,

Je vous assure que je ne suis pas bien tenté de vous prêcher de devenir savante, quand je vous vois en si bon train d’aimer. Vous me faites plus de plaisir que vous ne l’imaginez en me racontant l’état, pour vous si nouveau, où le progrès de la grâce a mis votre âme. Au fait, cet état nouveau est votre état vrai : sous toute cette poussière plus ou moins brillante, dont les aventures de votre éducation ont recouvert votre fond, il y a quelque chose de très simple, de très uni et qui a besoin de paix dans son ardeur. Dieu vous y mène : bénissez-le et ne vous poussez point hors de cet attrait, qui actuellement vous domine. Cet amour de l’Enfance de Dieu vous conduira plus vite et plus sûrement à la science de ses perfections que toutes les élucubrations de la philosophie et même de la théologie, du moins de celle qu’on trouve dans les livres. Mais, pour être complet, cet amour doit être pratique : c’est-à-dire qu’il faut tâcher, par amour pour ce Saint Enfant, de devenir, comme lui, humble, douce, patiente, docile, abandonnée, cachée au dehors, vivant au-dedans, devant Dieu et pour Dieu.

Cette grâce d’enfance travaille un très grand nombre d’âmes, et je ne serais pas surpris que Dieu préparât dans l’Eglise une nouvelle floraison de cette magnifique dévotion qui a déjà produit tant de bien au XVIIe siècle. Il n’y a pas un des vices du temps dont cette dévotion ne soit la contradiction, et, partant, il n’y a pas un de nos maux dont elle ne contienne le remède. Priez pour que la volonté de Dieu s’accomplisse en ceci comme en tout. Je dois m’en occuper à Rome. Après avoir passé par divers sentiments au regard de ce voyage, je pars définitivement avec joie, et Notre-Seigneur me met dans l’âme une très grande confiance.

Adieu, je vous bénis et suis, en Notre-Seigneur,

Votre tout dévoué père,

Lettre 58 du premier tome de Correspondance de direction spirituelle