L’Assomption, terme d’une vie intérieure passée en Dieu et sans secousses…

A la suite d’un St François de Sales, d’un Jean-Nicolas Grou, Mgr Gay note à la fois la perfection indicible de la vie intérieure de Marie et sa parfaite transparence. Pleinement unie à Dieu, Marie avait pleinement les pieds sur terre ! Tout subsiste en son Fils (Col 1, 17), passée en Lui, vivant de sa vie, elle était par là-même en mesure de situer toute chose à sa place. L’Assomption achève donc une croissance parfaitement équilibrée, paisible ! Bonne fête à chacun, tant dans sa dimension intérieure qu’extérieure !

« Si au jour marqué, la sainte Vierge est montée à la cime la plus haute du ciel, c’est qu’étant sur la terre et soumise à l’épreuve, elle n’a jamais cessé de s’élever spirituellement vers Dieu. Il ne s’est pas écoulé un moment dans sa vie où elle ne se soit rapprochée de ce Dieu qui en était le terme. Cette assomption intérieure a nécessairement précédé l’extérieur ; celle-ci n’a été que la conséquence et comme l’apparition de celle-là. Le Psalmiste l’enseigne quand il dit : « tout la gloire de la Fille du Roi vient de son intérieur » (Ps 83, 6)…

Jésus était personnellement la vie intérieure de la sainte Vierge (cf « Je vis, mais ça n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2, 20)… On peut dire qu’elle était toute en Dieu avec Jésus, et que Dieu avec Jésus était tout en elle….

N’imaginez pas cependant que, pour l’occuper souverainement, cette vie intérieure l’absorbât. On n’avance ici, on ne parle, on ne pense qu’en tremblant, car on a les pieds sur une cime et l’on se sent en face d’une lumière suffisante pour aveugler. J’oserai croire pourtant que cette vie intime de la Vierge était bien trop divine pour qu’il s’y passât habituellement, ou même souvent, quelques-uns de ces accidents merveilleux qu’on nomme transports, extases, ravissements, comme il s’en trouve dans la vie des saints ordinaires ou même extraordinaire, tels que Saint Paul, sainte Madeleine, sainte Thérèse et tant d’autres au cours des âges.

Puisque ces divines saisies arrachaient au lieu, au temps, à la terre, à eux-mêmes, tous ces saints personnages, c’est qu’ils vivaient encore dans des régions relativement inférieures et restaient, par infirmité, dans une disproportion habituelle avec ces grâces insignes qui sont comme des coups de force de Dieu. Si haute, au contraire, était Marie, qu’en un sens rien ne la dépassait. Etant comme au niveau de tout, elle n’avait plus à être enlevée ; si acclimatée enfin était-elle au divin, que de ce que Dieu faisait en elle, rien ne la pouvait plus saisir ou étonner. Elle s’élevait sans doute, et avec une incalculable vitesse ; elle courait, elle volait dans l’infini plus encore que vers l’infini, bien qu’elle s’approchât toujours du terme fixe où tendait tout son mouvement. Mais elle montait ainsi sans secousse et sans bonds, probablement comme le jour s’avance à mesure que le soleil monte à notre horizon (Ct 6, 9), ou comme les astres du firmament marchent dans leur orbite.

En somme, elle vivait bien plus comme Jésus que comme les saints, ses serviteurs et ses lointains imitateurs. Or Jésus, n’a point eu d’extase ici-bas. Sa transfiguration même n’en fut point une, mais la très libre et toute miséricordieuse révélation qu’il daigna faire une fois de son vrai intérieur à ses trois principaux apôtres, pour affermir leur foi, celle de leur frères et la nôtre par suite ».

Extrait d’Entretiens sur les mystères du Rosaire, Tome 2, L’Assomption de la vierge.