Le temps ordinaire, temps de progrès spirituel

La liturgie a basculé depuis le temps de Noël dans le temps dit « ordinaire », et cela jusqu’ au prochain carême. Pour aider à le vivre, voici cette lettre de direction qui révèle le sens de ce temps sans grands bouleversements, aux progrès apparemment poussifs qui est souvent le « temps ordinaire » de la vie intérieure :

Ma chère fille en notre Seigneur,

Ayez patience avec vous-même. Pour une âme droite, c’est déjà être à moitié guérie que de se voir telle qu’elle est. Dieu vous fait cette grâce de commencer à vous connaître. L’humilité et la confiance finiront de vaincre cette faiblesse que la lumière divine vous montre en vous ; mais souvenez-vous qu’ici-bas Dieu ne se passe point du temps. Il en a fait son instrument de travail : non pas le seul, mais un des principaux. Permettez qu’il en use. Un fruit est fort peu de chose, quoique tout le génie de l’homme soit incapable d’en produire un : Dieu met des mois et des années à le mûrir. Demeurez aux mains de Celui qui, dans sa bonté, a entrepris votre éducation, vous verrez dans le ciel que les lenteurs mêmes étaient une manière d’aller vite. L’abandon résume tous nos devoirs ; c’est le dernier mot de la sagesse, et l’âme qui s’y livre sait où est la paix. Ne pensez pas que les qualités naturelles soient un obstacle. C’est une de ces exagérations dans lesquelles vous tombez volontiers. Elles ne suffisent pas, c’est très vrai, mais ce sont de précieuses avances. Le tout est de n’y pas faire plus de fond qu’il ne convient et de comprendre que le grand secours, c’est la grâce.

Reprenez, chaque matin, aux pieds du saint Enfant-Jésus, cette tâche à la fois si ennuyeuse et si sublime de la correction de vos défauts ; et croyez-moi, combattez-les moins en les attaquant de front qu’en vous essayant à pratiquer les vertus contraires. Veillez aux occasions, pour ne les manquer point : elles fourmillent pour les âmes attentives et ferventes ? Que tout ce qui se passe en vous et sort de vous, soit soumis à la grâce, dépendant du Saint-Esprit de Jésus qui est en vous. Ne vous découragez jamais de vos non-réussites : elles ont du moins cela de bon qu’elles vous montrent votre impuissance personnelle et le besoin que vous avez de Jésus-Christ. Savez-vous ce que je pense ? C’est que, pour que je puisse vous écrire tout cela avec la certitude d’être compris et goûté, il faut que vous soyez déjà bien changée. Et c’est vrai que vous l’êtes. Ne vous plaignez point du prix qui a payé ce progrès.

Ch. prêtre

lettre n° LXIII extraite du Tome 1 de Correspondance de direction spirituelle