De la sépulture de Jésus

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Pour progresser dans le mystère pascal en ce Samedi saint 2019, voici une « élévation » de Charles Gay sur la sépulture de Jésus. Thème délicat, traité avec une profondeur de foi qui affirme le sens chrétien de la sépulture du Christ et de la nôtre, membres baptisés de son Corps vivant qui est l’Eglise. Dans la foi, elle n’est pas néant, elle est un état, une phrase tranquille et paisible du déploiement de la vie incessante et à jamais souveraine de Dieu. C’est toute une dimension de la vie spirituelle, qui est dégagée par Charles Gay à partir de ce mystère.

Mon Dieu ! ce qui est faible en vous est plus fort que toutes les forces créées ensemble ; ce qui en vous est insensé surpasse toute la sagesse et des hommes et des anges[1]. Et de même ce qui est mort en vous, s’il advient que quelque chose y meure, ô Dieu vivant, Dieu qui êtes la vie, la vie dans son principe, sa plénitude et sa substance, cela vit infiniment plus que tout ce qui se meut, opère et fructifie dans l’univers.

Un jour, dans votre histoire, que votre miséricordieux amour a voulu être aussi notre histoire, un jour, ô Dieu, vous avez eu un tombeau sur la terre, et selon cette nature que vous nous aviez empruntée, justement pour y pouvoir et souffrir et mourir, ce tombeau vous a renfermé. Votre corps sacré, chef-d’oeuvre des mains divines et formé par le Saint-Esprit dans le sein de Marie ; ce corps qui avait servi d’organe au Verbe, à ses paroles, à ses prodiges, à ses bienfaits ; ce corps, le plus beau de tous les corps humains[2], et qui, dans la cité céleste, sert de soleil aux bienheureux, il était là gisant sous une énorme pierre, enveloppé d’un suaire précieux et tout couvert des parfums les plus rares ; pâle et glacé néanmoins, inanimé, immobile, et enfoui dans de vraies ténèbres. Ce n’était point du tout un cadavre : car, pour défait qu’il fût et déchiré par tant d’affreux supplices, ce corps ne subissait ni ne pouvait subir l’ombre d’une corruption. Dieu avait annoncé cela par son prophète David[3]. La mort avait bien eu licence de frapper Jésus d’un premier coup, et c’est de Jésus même qu’elle avait reçu cette licence ; mais, parce que là finissait sa fonction, là aussi s’arrêtait son pouvoir. La victime une fois immolée, le tombeau où on la déposait devenait un vrai tabernacle. Et comme pour le mieux signifier, ces Esprits de vie et de sainteté qui sont les Anges descendirent et se tinrent assis sur la pierre sépulcrale[4] ; non pour garder le corps divin qu’elle dérobait aux yeux (garder ce corps était l’oeuvre propre du Verbe qui ne le possédait pas moins que dans les jours où l’âme l’animait), mais pour l’honorer et l’adorer, ce qui est l’office des créatures et spécialement des Anges, selon qu’il est écrit : que tous les Anges l’adorent[5]. Malgré tout, il est bien certain que, depuis le soir de ce Vendredi où l’on avait crucifié et enseveli le Sauveur, ce rocher taillé du Calvaire contenait une dépouille humaine, inerte et impuissante comme le sont toutes les nôtres.

Était-ce donc un lieu de mort que ce tombeau de Jésus ? Ah ! pour les sens et durant quelques heures, oui, la mort était là ; présente quoique non souveraine, étonnée de ne triompher point quand elle semblait avoir vaincu, et de se sentir enchaînée dès qu’elle s’était rendue maîtresse. Tout tombeau est lieu de mort. Mais au fond, en réalité, pour la foi qui est la vraie lumière, était-ce la vie ou la mort qu’abritait cette tombe? C’était la vie, ô mon Sauveur ; une vie silencieuse, si l’on veut, une vie cachée et comme semée, attendant son moment pour éclore et paraître au monde, mais c’était bien la vie, et quelle vie ! Une vie haute, pleine, royale, maîtresse absolue d’elle-même, se donnant quand bon lui semblait, se reprenant quand elle l’avait pour agréable[6], et qui, éclipsée trois jours, pour l’avoir librement voulu, allait tout à l’heure éclater au dehors et peu à peu tout envahir, plus forte que le temps, plus vaste que l’espace, plus profonde que l’enfer à qui elle allait commencer d’arracher tant de proies, plus sublime que le ciel où elle devait enlever successivement tous les élus. Le sein de notre terre qui, depuis tant de siècles, fait chaque année monter à sa surface toutes les sèves de nos printemps, toute la parure de nos jardins, toute la richesse de nos vergers, toute l’abondance de nos campagnes, ce sein n’est point à beaucoup près aussi fertile que votre sépulcre, ô Jésus enseveli. Vous en sortiriez seul dans l’ineffable gloire de votre résurrection, il serait déjà le foyer d’une fécondité sans pareille et mériterait encore d’être appelé glorieux[7]. Car enfin vivez-vous, ô mon frère en Adam, vivez-vous, ô mon Christ, quand cette vie infinie qui est votre divinité, est soudain délivrée de la captivité où votre amour la retenait jusqu’au jour tant désiré de votre sacrifice ? Vivez-vous quand, tout obstacle étant levé et toute issue ouverte, cette vie s’échappe d’en haut, c’est-à-dire de la cime divine de votre être, envahissant de toutes parts, inondant, pénétrant, remplissant, déifiant votre humble et douce humanité ? Votre âme alors est comme noyée sous un déluge de gloire ; votre être humain tout entier frémit délicieusement à ce contact intime et libre du Verbe qui, tout en possédant jusque-là, retenait comme suspendues les conséquences extrêmes de cette possession si réelle, c’est-à-dire la splendeur et la béatitude ? Vivez-vous donc, ô mon ressuscité ? Ah ! telle est votre vie, qu’elle n’a plus ni nom, ni limites : le temps du moins ne la mesure plus, et aucun lieu créé ne saurait la contenir. Aussi est-ce sa vertu qui, après quarante jours passés, vous enlèvera dans le ciel pour vous y installer sur le trône de votre Père et à sa droite, à son niveau, dans sa majesté souveraine et immuable.

Le tombeau du Calvaire est le berceau de cette vie. Oh ! oui, ce qui est mort en vous, ô mon Dieu, est plus vivant que tout le reste qui vit au ciel et sur la terre. Mais je n’ai point encore tout dit. Le grain de froment est décidément mort ; il va refleurir en épi ; ce n’est pas même seulement un épi qu’il devient, c’est une moisson immense devant remplir la terre, persister jusqu’au dernier jour et nourrir divinement toute notre pauvre humanité. Toute la vie de l’Église jusqu’à la fin des temps, toute vie surnaturelle donnée aux créatures, d’abord sous forme de grâce, puis sous forme de gloire, jaillit de ce rocher creusé où votre sacré corps a reposé trois jours. Votre sépulcre, ô mon Christ adoré, est le grand baptistère ; tous les enfants d’Adam s’y plongent pour y renaître enfants de Dieu. Baptisés dans la mort du Christ, dit saint Paul, nous sommes tous, par le baptême, ensevelis avec lui dans cette mort. Attaché à la croix dans la personne du Christ devenu péché pour nous[8], notre vieil homme est ensuite enseveli dans sa tombe[9]. Oh ! qu’il y reste et tout entier et à jamais ; que rien de lui ne revive et ne reparaisse !

Chaque mystère de Jésus a sa grâce ; chacun d’eux est pour nous une lumière, une loi, un exemple. Il n’en est pas un seul qui ne constitue une phase régulière, et un moyen pratique pour nous d’accomplir les desseins de Dieu et de franchir tous les degrés qui conduisent à la sainteté, condition de l’union suprême. Étant né de l’eau et du Saint-Esprit[10], il faut porter sa croix comme Jésus a porté la sienne ; il faut mourir comme il est mort, mourir au mal, au monde et à soi-même ; et comme il a été enseveli il faut, comme lui et avec lui, descendre dans le tombeau. Cet esprit de sépulture chrétienne, qui perfectionne en nous la mortification et la patience, tient une place importante, et à vrai dire indispensable, dans la vie spirituelle. Le baptême inaugure en ceux qui le reçoivent tout le mystère chrétien ; il en met en eux les principes, et très spécialement celui-ci, qui est la communion morale de notre âme à la sépulture du Sauveur : mais ce baptême ne fait pas tout, et pour quiconque ne meurt point immédiatement après l’avoir reçu, je veux dire pour tous ceux qui parviennent à l’adolescence, il ne finit rien. Si la Passion même de Jésus n’a en nous toute son efficace que quand nous y joignons le complément de nos souffrances personnelles[11] et de nos vertus exercées, combien moins le baptême ! Il faut donc que le baptisé vive selon l’esprit nouveau et supérieur qu’il a reçu dans le sacrement, qu’il vive même en définitive selon la totale extension de cet esprit où est contenu nécessairement l’esprit de sépulture.

C’est un esprit très saint et par là même très relevé. il suffit pour cela qu’il corresponde à un mystère qui, dans l’ordre historique, suit la Passion et la mort de Jésus. On en doit conclure en rigueur que la grâce qu’il renferme, comme aussi la vertu qu’il fonde, suivent, dans l’ordre mystique, les grâces et les vertus spéciales de la croix du Sauveur. L’effet propre de cet esprit en tous ceux qu’il possède, c’est que, à raison des mortifications vaillantes et prolongées auxquelles ils se sont spontanément soumis, des tentations qu’ils ont vaincues, des triomphes réitérés qu’ils ont remportés sur eux-mêmes, des peines enfin qu’ils ont patiemment endurées et des sacrifices variés et fréquents qu’ils ont généreusement accomplis, leur âme en a comme fini avec toutes les séductions ou menaces de ce monde ; qu’elle ne les regarde plus que de haut et à distance, ou plutôt les ignore, ne s’en souvient plus, et leur reste aussi insensible que l’est un mort aux objets qui l’entourent. Une âme qui, formée à l’école de saint Jean de la Croix, vivrait habituellement plongée dans ce qu’il nomme la nuit obscure, aurait, et dans un haut degré, l’esprit de la sépulture du Christ. Or, ce fruit, dont la racine est l’amour pratique de la Croix, devient à son tour la tige de ce fruit plus excellent encore qu’on appelle dans l’Église la liberté des enfants de Dieu, et qui est l’état d’une âme vraiment ressuscitée, pleine d’essor pour aller à Dieu, dégagée de tout ce qui est plus bas que lui, et ayant devant elle l’espace libre et tout grand ouvert.

Ces différents esprits se réfèrent aux mystères du Christ, et partant les vertus qu’ils supposent ou produisent sont toujours en ce monde plus ou moins simultanées. On ne va point de l’un à l’autre d’une façon régulière et appréciable, le royaume de Dieu, dit le Maître, ne venant pas d’une manière si sensible et si précise qu’il tombe sous l’observation. Il n’est nullement requis que, pour s’exercer à l’un de ces esprits, on se soit préalablement et longtemps appliqué à conquérir celui qui, selon l’ordre logique, le précède et même le prépare ; et l’on serait très téméraire si, pour cultiver l’un on négligeait les autres, même ceux que sans présomption on peut se persuader qu’on possède déjà. Chacun de ces esprits importe à tous les autres ; ils s’enchaînent les uns aux autres, et se prêtent un mutuel appui. L’ordre indiqué par nous subsiste néanmoins, et celui des mystères du Maître. Jamais on aura pleinement l’esprit de la résurrection si l’on a pas, en quelque degré du moins, l’esprit de sépulture ; et l’on ne parviendra jamais sérieusement à cet esprit de sépulture, si l’on manque habituellement d’esprit de mortification, lequel fera toujours défaut à qui ne se résigne point d’ordinaire aux croix que Dieu envoie, et ne s’unit pas, ne fût-ce que par l’affection et le désir, à Jésus qui porte la sienne.

Mais il demeure en définitive, que le tombeau de Jésus, parce qu’il est celui du vieil homme, est le berceau de l’homme nouveau : cet homme tout spirituel qui est revêtu du Christ, et se trouve en communion d’état avec sa vie ressuscitée.

Ce qui sort de votre tombeau, ce n’est donc pas vous tout seul, ô mon Sauveur aimé, c’est aussi votre corps mystique, votre Église qui vous est si chère, votre famille innombrable qui, à cause de son unité, est votre soeur et votre Épouse ; qui vit de Dieu, qui vit en Dieu, qui infailliblement et inépuisablement possède la vie divine, la répand partout dans le monde et le rattache ainsi lui-même à vous, pour ensuite, par vous et avec vous, le consommer, autant qu’il aura bien voulu recevoir et garder cette vie, dans l’unité vivante qui en est la forme et la source.

Quelle peur aurons nous désormais de mourir, si nous mourons en Dieu comme le Christ et avec le Christ ? Je le dis de la mort spirituelle aussi bien que de la naturelle. Vous l’avez enseigné, ô mon Jésus, mais comme votre résurrection le prouve et nous le fait voir !  Si quelqu’un croit en moi, quand bien même il serait mort il vivra[12]. Et de quelle vie ? De la vôtre, ô mon Rédempteur, car vous le dites aussi : je vis et vous vivrez [13]; et je vivrai en vous, et vous vivrez en moi, car je suis la vie et votre vie[14]. Maintenant, il est vrai, votre vie est cachée en Dieu avec la mienne ; mais quand je reviendrai, mais quand j’apparaîtrai moi votre vie, vous aussi vous apparaîtrez avec moi dans la gloire[15] ; et toue langue confessera que vous étiez les vrais, les seuls vivants, commençant dès le temps de vivre la vie éternelle.

Elévation 90

[1]Quod stultum est Dei sapientius est hominibus ; et quod infirmum est Dei fortius est hominibus. 1 Co 1, 25. [2]Speciosus formâ prae filiis hominum. Ps 44, 3. [3]Non, dabis sanctum tuum videre corruptionem. Ps 15, 10. [4]Jn 20, 12. [5]Ps 96, 8 ; He 1, 6. [6]Jn 10, 17. [7]Et erit sepulcrum ejus gloriosum. Is 10, ? [8]2 Cor 5, 21. [9]Hoc scientes quia vetus homo noster simul crucifixus est, ut destruatur corpus peccati..si autem mortui sumus cum Christo, credimus quia simul etiam vivemus cum Christo. Rm 6, 6, 8. [10]Jn 3, 5. [11]Adimpleo in me ea quae desunt passionum Christi. Col 1, 24. [12]Jn 11, 25. [13]Ibid. 14, 19 [14]Ibid. 6. [15]Col 3, 3, 4.

L’eucharistie comme l’Heure perpétuée

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En ce jeudi saint 2019, nous proposons aux chrétiens, une page majestueuse de Charles Gay sur l’eucharistie. Il s’adresse aux mères chrétiennes, dans une conférence. Il y médite l’Heure de Jésus, en laquelle nous pénétrons aujorud’hui, en ce jeudi saint. Toute la profondeur méditative de Charles Gay s’y expose, s’y déploie. Sa « mesure » de grand auteur chrétien se révèle :

Jésus était Dieu. C’est à donc à dire que cette sainte âme avait au-dessus d’elle, en elle, et véritablement à elle tous les trésors des perfections divines, et que, sous le congé de son bon plaisir toujours sage, toujours saint, elle en pouvait disposer comme de son bien propre. Oui, cette âme avait à elle la toute-puissance, à elle l’éternité, à elle l’immensité. (…) Ah ! filles d’Adam, si lorsque vous souffrez, vous aviez sous la main je ne dis pas la toute-puissance, mais un peu plus de puissance que celle qui vous a été naturellement dévolue ; si vous aviez à vous, je ne dis pas l’éternité, mais quelqu’empire sur la durée ; je ne dis pas l’immensité, mais le secret de réduire ou d’étendre les choses, je vous le demande, qu’en feriez-vous ? Oh ! qui de vous ne restreindrait sa peine ? C’est le contraire que fit Jésus.

Des profondeurs de sa puissance, lui qui allait obéir à tout le monde, se mettre sous les pieds de tout le monde et se laisser fouler par tout le monde comme un opprobre public et comme un ver de terre, il enverra un ordre à sa toute-puissance, il le lui intimera au nom de l’amour, qui, dans cette souveraineté absolue de la nature divine, semble être ce qu’il y a de plus souverain ; et il lui dira de faire que l’éternité s’incline vers cette heure où il entre, qu’elle la prenne, qu’elle s’y écoule, qu’elle l’emplisse jusqu’au comble, qu’elle l’enlève à l’empire du temps, l’élevant jusqu’à sa sphère propre ; qu’elle l’immobilise, qu’elle la perpétue et lui donne la vertu d’être réellement présente à toutes les heures de la durée, cette durée fût-elle immortelle : de telle sorte que, le matin le soir, le jour, la nuit, en cette année ou en cette autre, en ce siècle ou en cet autre siècle, ce fût toujours ici-bas, l’heure de la Passion de Jésus. En même temps, du même coup, il commandera que l’immensité descende, saisisse son corps à lui, ce corps qu’on allait garrotter, entrainer, déchirer ; qu’elle s’empare aussi de son sang qu’on allait répandre ; et que, comme l’éternité soustrayait au temps l’heure de son sacrifice, l’immensité en vînt soustraite au lieu la victime. Si bien que, sans devenir immense, ce qui était impossible, cette humanité immolée pût cependant être partout : non pas successivement partout comme un objet qu’on porterait de pays en pays pour lui faire faire le tour du monde, mais simultanément partout, c’est-à-dire en des millions d’endroits à la fois, partout où il y aurait un autel et du pain et un vrai prêtre voulant consacrer. Ainsi procurait-il que cette sainte victime s’immolât en tous temps et en tous lieux d’une manière transcendante et inexplicable sans doute à nos faibles esprits, mais d’une manière réelle, encore qu’elle ne fût plus terrestre ; et que, s’étant d’abord offerte pour tous, elle devienne à la fin nourriture pour tous ! Jésus a donc pris d’une main son sacrifice, l’heure de son sacrifice, l’acte de son sacrifice, la matière de son sacrifice ; puis prenant de son autre main le sceau de son être infini, il a divinement scellé et cette matière, et cet acte, et cet heure. Et tout cela c’est l’Eucharistie. (…)

C’est là, pieuses chrétiennes, ce qu’à pareil jour, à pareille heure, il y a plus de vingt siècles, Jésus, allant mourir à cause de vous, a cependant daigné faire pour vous.

Conférences aux mères chrétiennes, 59e conférence

Bicentenaire de Mgr de Conny

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L’Association Les solistes de demain célèbre le 22 mai prochain à 17h les deux cent ans de la naissance d’Adrien de Conny par un concert à l’hôtel de Conny à Moulins. C’est là que résida pendant 40 années cet ami de Charles Gay. C’est là aussi que ce dernier fut hébergé pendant le carême 1853 qu’il prêcha à la cathédrale de Moulins. Paul Beynet au piano et Enguerrand de Hys au chant interpréteront des oeuvres de Charles Gounod.

Meilleurs voeux !

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Action de grâces soit rendue pour cette année 2016, année où la mémoire de Mgr Gay aura continué de se nourrir par les lectures, les échanges et les études des lecteurs, chercheurs et dévots de l’évêque d’Anthédon. Cette année, conclue par une splendide exposition honorant l’amitié entre Charles Gay et Franz Liszt laisse entrevoir de belles perspectives pour 2017. En matière de publication nous attendons celle des actes du colloque de l’Institut Catholique de Paris. Dans le domaine de l’aide à la vie intérieure, saluons la publication du Carême à l’école des saints. Consacré au thème de la joie, il présente plusieurs textes de Mgr Gay ; à juste titre, notre auteur ayant des pages splendides sur ce thème.

Afin de profiter de ce dernier jour du Temps de Noël, où avec les mages nous avançons vers l’Enfant et Bethléem, voici une splendide lettre adressée à Sabine de Ségur (Soeur Jeanne-Françoise à la Visitation). En condensé on y trouve le cœur de la théologie mystique de l’évêque : une pépite pour commencer l’année !

Lettre à Sabine de Ségur du 22 décembre 1865

En attendant la joie de vous voir, ma chère fille en Notre-Seigneur, ce qui sera, s’il lui plait, dans la seconde semaine de janvier, je vous écris ce mot de réponse à votre dernière lettre. Ah ! Que vous êtes bien dans la voie !  Comme il est bon et sûr de passer de soi-même en Jésus et de s’y oublier et de s’y perdre ! Suivez cet attrait jusqu’au bout. Il vous dépouillera de tout mal et vous revêtira de tout bien, c »est à dire de Jésus. Il faut que ce fond, dont vous me dites que Jésus y règne tout à fait, aille s’étendant chaque jour. Comme après avoir possédé notre nature dans son incarnation bénie, il veut encore posséder nos personnes par la justification de nos âmes et le saint baptême ; et même, après avoir possédé nos personnes, il veut posséder toute notre vie, tous ses instants et ses actes. C’est de cette sainte propagation du Christ en nous que nous disons chaque jour : Père, que votre règne arrive ! Votre volonté le veut et vraiment ne veut point autre chose. La grâce, l’amour, le temps et la patience achèveront ce grand ouvrage, qui est celui pour lequel Dieu vous a créée, rachetée, appelée, à la vie religieuse. Vivez ce désir. Votre vie doit être un Viens perpétuel, mais un Viens qui fleurisse, pour ainsi parler, de la certitude habituelle qu’il est déjà venu. « Il » c’est Jésus, car il n’y a que lui après qui l’on soupire. Plus vous vous simplifierez, plus vous le glorifierez. Livrez tout, à tout heure. Ainsi faisait Marie, imitant, du reste cette tradition incessante et totale que la sainte Humanité faisait d’elle à son Père céleste. Que ce Noël vous soit plein de grâces ! Je le demanderai à Dieu pour vous ; et vous aussi, demandez-le-lui pour moi, pour mon âme et pour mes petites œuvres.

Adieu mon enfant ; que vos pauvres yeux extérieurs aillent où Jésus voudra ; c’est lui qui est votre œil, et celui-là ne se ferme pas. Je vous bénis en sa charité.

Votre dévoué Père,

Charles, pr.

Extrait de la Correspondance de Mgr Gay. Lettres de direction spirituelle. Troisième série, Mame, 1921, à Sabine de Ségur, Lettre XLVI.